IL y a assez longtemps de cela (18 siècles avant notre ère), le code d’ Hammourabi prévoyait, pour le médecin qui avait raté une opération , de lui couper les mains.
(enfin, du moins, si la victime était un homme libre; Si c’ était un esclave le confrère s’ en tirait par une transaction commerciale…)
Les actions en justice contre les médecins ne datent donc pas exactement hier, au détail près qu’ on a fait de léger progrès et qu’ on ne coupe plus les mains…(on ampute le portefeuille et, surtout, la réputation professionnelle)
Un autre élément qui a changé depuis la première dynastie de Babylone, et en fait depuis – à peu près- un demi-siècle, c’ est que le rôle du médecin, qui était principalement de réparer , de soigner des gens effectivement malades et plaignants, est devenu en bonne partie d’ essayer d’ empêcher de devenir malade, en partant d’ un de ces aphorismes (« mieux vaut prévenir que guérir » ou « plus on prend les choses tôt mieux on les soigne ») qui ont l’ air tellement lumineux et acceptés qu’ ils semblent dispenser a priori tout examen et toute contestation.
Et donc on a demandé au médecin de prévoir, en quelque sorte, l’ avenir d’ un patient donné, et de faire donc le même genre de métier que la météo pour le temps ou les analystes financiers pour la bourse, comme, dit-on , autrefois, les astrologues regardaient les étoiles dans un miroir. (spéculum en latin, ce qui a donné « spéculer »)
Sans faire attention que les outils permettant cette prévision, les « bilans préventifs », les « check-up » n’ était pas toujours très fiables. (en fait il y a peu , mais vraiment très peu d’ analyses fiables, pertinentes en termes de résultats sur lesquels elles débouchent quand on les utilise en dépistage, et les pages de bilans que propose la sécu tous les 5 ans sont l’ archétype de ce qu’ on ne devrait pas faire…Alors que dame Sécu compte ses sous, cherchez l’ erreur…)
Quand je dis qu’ ils ne sont pas fiables (on parle en terme technique de « spécificité », de « sensibilité ») j’ entend par là qu’ ils ont autant – et parfois plus- de risque de faire opérer ou prendre des médicaments à tort à quelqu’ un qui , au départ, n’ avait rien (puisqu’ on est dans le préventif, je le rappelle) et n’ aurait jamais rien eu, et donc le mutiler ou l’ intoxiquer pour rien, que de lui gagner quoique ce soit de palpable (années de vie,ou au moins qualité de vie).
L’ une des conditions pour bien faire (ou le moins mal possible) son travail de médecin devrait être de se tenir au courant, et ce de façon indépendante des lobbys qui ont intérêt à lui faire prescrire n’ importe quoi, de ce qu’ on sait de la fiabilité de ses outils de prévision et à abandonner ceux qui ne débouchent pas, in fine, sur la seule chose qui devrait compter pour un(e) patient(e):
Vivre un peu plus vieux et/ ou un peu mieux,point barre.
Exemple récent, deux publications importantes et récentes sont venues alimenter le débat en mars 2009, et la HAS ( Haute Autorité de Santé) a rendu son verdict : Il n’y a toujours pas lieu, en 2010, d’organiser un dépistage du cancer de la prostate,
En le faisant, donc, on ne rend pas service au patient, en termes pertinents on ne lui gagne pas d’ année de vie ni de qualité de vie (au contraire…)
Or un tribunal a condamné un de nos confrères avec comme argumentation qu’il aurait dû faire » un dépistage individuel systématique » de ses patients. Décision difficilement compréhensible* et peut contribuer à dégoûter les jeunes médecins à s’ engager dans une voie où ils doivent quotidiennement prendre des décisions, (ici faire ou ne pas faire des prescriptions d’ examens complémentaires), et leur faire choisir d’autres horizons décidément moins délétères.
Jeep
membre du Collectif pour une formation indépendante de l’ industrie pharmaceutique, (FORMINDEP)
et n’ a donc pas de lien d’ intêret – fût-ce un stylo ou un bloc de post-it.
*on ne doit pas commenter une décision de justice…